Voici pourquoi j’ai décidé de faire une croix sur le fromage (même si je suis végétarien)

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Rédigé par Ariane

11 décembre 2025

Imaginez la scène : un dîner d’hiver, la table est lumineuse, l’odeur du feu crépite au loin et, au moment du plateau de fromages, tous les convives s’animent – sauf une personne, qui passe son tour. Ce petit geste suscite bien des regards, parfois amusés, souvent intrigués. Car en France, le fromage ne se discute pas : il fait partie de l’ADN culinaire, du patrimoine gourmand et de ces plaisirs simples autour desquels on se retrouve, surtout quand les fêtes de fin d’année approchent. Mais derrière ce choix étonnant, il y a un cheminement, une découverte qui bouleverse les certitudes. Pourquoi, même en étant végétarien, décider de tourner le dos à ce symbole des tables françaises ? Une histoire de convictions, de paradoxes et… d’un ingrédient dont personne ne parle vraiment. Voici ce qui a fait basculer la réflexion – et pourquoi ce n’est pas aussi saugrenu qu’il y paraît.

Quand le fromage trouble la fête des végétariens

En France, être végétarien, c’est encore souvent se justifier. On s’attend à des regards perplexes, à un grand nombre de « Mais comment tu fais sans steak ? », et, lors des repas de famille, à voir le fromage comme l’ultime refuge : un aliment consensuel, rassurant, perçu comme la base de l’alimentation végétarienne. Tartiflette, raclette, gratins… Difficile d’imaginer l’hiver sans cette générosité fromagère. Le paradoxe veut d’ailleurs que bon nombre de végétariens déclarent préférer renoncer à tout sauf au fromage.

Mais ce qui semble être un choix de cœur peut vite s’avérer un terrain miné entre valeurs et habitudes. D’un côté, l’éthique qui guide le végétarisme, animée par la volonté de ne pas participer à l’abattage animal. De l’autre, les souvenirs de plateaux partagés, l’émotion d’une pâte coulante, un comté affiné ou un chèvre bucolique. Sauf qu’un détail, longtemps passé sous silence, a de quoi remettre en question ce plaisir…

Le fromage n’est pas toujours aussi « innocent » qu’il le paraît. Et beaucoup l’ignorent.

La surprise cachée : ce que peu de végétariens savent sur la fabrication du fromage

Au détour d’une balade sur les marchés ou d’un échange avec un fromager, une question simple suffit à semer le doute : comment obtient-on une pâte ferme, que l’on peut couper, affiner, savourer ? Derrière le lait, le sel et les ferments, se cache un ingrédient mystérieux : la fameuse « présure ». Peu en parlent ouvertement, et rares sont ceux qui maîtrisent vraiment sa nature, même parmi les consommateurs assidus.

Et pourtant, tout commence par là. C’est la présure qui provoque la coagulation du lait, transformant le liquide en belle pâte blanche prête à être variée à l’infini. Mais d’où provient réellement cette étape-clé ?

Découvrons la présure : l’ingrédient qui pose problème

La grande majorité des fromages français et européens, dès qu’ils sont affinés, doivent leur texture et leur goût à un ingrédient bien particulier : la présure animale. Ce mot un peu ancien désigne… un extrait de l’estomac d’un jeune veau abattu, appelé caillette. Lors de l’abattage, cet organe est récupéré pour en extraire des enzymes spécifiques qui permettront de transformer le lait en fromage.

Ce veau, aussi discret qu’invisible, s’invite donc sur le plateau, à côté du bleu, du brie ou du camembert. Un « invité » dont la présence, inavouée, va à l’encontre de ce que nombre de végétariens imaginent. Car même sans croquer dans un steak, choisir certains fromages revient à perpétuer un cycle d’abattage animal – un comble, non ?

Étrangement, l’existence de la présure animale, essentielle à la fabrication de nombreux grands fromages, reste largement méconnue. Pourtant, elle pose un vrai dilemme à qui veut concilier plaisir fromager et refus de contribuer à l’abattage animal.

La réalité derrière chaque bouchée

Du supermarché à la grande fromagerie, l’essentiel de la production de présure reste issue de l’industrie de la viande bovine. Les veaux, séparés de leur mère, sont abattus jeunes pour fournir à la fois de la viande et la fameuse « coagulase » chère à l’industrie laitière. L’acte semble anodin dans le contexte d’une filière bien huilée, mais il impose une réalité difficile à contourner pour tout végétarien désireux de cohérence.

Pire encore, rares sont les fromages du commerce qui précisent le type de présure utilisé. La mention « présure » sur l’étiquette ne fait pas de distinction. Nombre de fromages dits « végétariens » peuvent en réalité contenir de la présure d’origine animale, à moins qu’ils affichent clairement une alternative microbienne ou végétale. Le mot « végétarien » n’est donc pas toujours synonyme d’absence de cruauté animale, loin s’en faut.

L’hiver, période des raclettes et fondues, invite alors à se demander : combien de convives connaissent réellement l’envers de leur assiette ?

Alternatives végétariennes ou simples illusions ?

La bonne nouvelle, c’est que des alternatives existent. Certains fromages sont élaborés à partir de présure microbienne ou végétale : il s’agit de ferments issus de champignons, de moisissures ou encore de plantes. De grands fabricants s’alignent sur ces innovations, séduits par l’engouement croissant pour le végétarisme. On peut ainsi trouver en grande surface des gammes portant la mention « végétarienne », bien que ces produits restent minoritaires.

Mais le consommateur avisé doit ouvrir l’œil. Il faut traquer la mention « présure microbienne » ou « coagulant d’origine végétale » sur les emballages. Mieux encore, certains labels, comme « Vegan » ou « V-Label », garantissent une composition transparente. La vigilance s’impose avec d’autant plus de rigueur lors des grandes tablées de fête, où tout le monde ne se soucie pas du détail – il est si facile de se tromper, même en faisant attention…

Malgré tout, le marché reste limité : la majorité des fromages traditionnels, notamment ceux bénéficiant d’une AOP, perpétuent l’utilisation de la présure animale en toute discrétion. Difficile, alors, de s’y retrouver sans patience ni vigilance.

Renoncer au fromage : entre débat intérieur et réactions sociales

Au moment de tirer un trait sur un aliment aussi symbolique, il y a de quoi hésiter. L’hiver, les plats gratinés abondent, et refuser le fromage en public intrigue. Les convives ne manquent jamais de poser LA question : « Mais pourquoi te priver ainsi, alors que tu ne manges déjà pas de viande ? » Beaucoup associent ce renoncement à une forme d’extrémisme ou de tristesse dans l’assiette.

En réalité, il s’agit moins d’une privation que d’un choix de cohérence. Une fois la décision mûrie et expliquée, le regard des proches évolue. Les curieux interrogent, certains s’étonnent, d’autres relativisent – et puis, il y a ceux qui, une fois informés sur la présure, changent à leur tour leur façon de consommer.

Finalement, oser renoncer au fromage, c’est revendiquer une forme d’engagement fidèle à ses principes. Certes, il faut parfois composer avec les blagues, les souvenirs, les invitations à la raclette. Mais, au fil du temps, le plaisir s’installe ailleurs.

Les découvertes après l’abandon du fromage

Dire non au fromage n’a pas fermé la porte à la gourmandise, bien au contraire. Cela a été l’occasion d’explorer de nouveaux horizons culinaires, inventer des recettes, magnifier les légumes d’hiver, les légumineuses et les tartinades maison. L’assiette devient un terrain d’expérimentation, un plaisir renouvelé avec chaque saison : houmous, purées de noix, pestos revisités – tout prend un goût d’aventure.

Le végétarisme, en s’exprimant dans le moindre détail, prend alors tout son sens. Loin d’être une contrainte, c’est un moteur de créativité et de partage, surtout lors des réunions familiales où chacun repart avec une idée nouvelle. Une manière d’assumer ses choix, sans culpabiliser ni juger ceux des autres.

Voici donc une recette hivernale facile, qui prouve qu’on peut se régaler sans fromage : le gratin de pommes de terre à la béchamel végétalienne.

Gratin de pommes de terre à la béchamel végétalienne

Ce plat réconfortant, parfait pour une soirée froide de décembre, revisite le classique gratin en éliminant le fromage, mais sans perdre une once de gourmandise.

  • 1,2 kg de pommes de terre (type Bintje)
  • 70 cl de lait de soja ou d’avoine (non sucré)
  • 70 g de margarine végétale
  • 70 g de farine
  • 1 pincée de noix de muscade râpée
  • Sel, poivre
  • 1 gousse d’ail

Éplucher les pommes de terre et les couper en fines rondelles. Frotter un grand plat à gratin avec la gousse d’ail. Préchauffer le four à 180 °C.

Préparer la béchamel végétalienne : faire fondre la margarine à feu doux, incorporer la farine et mélanger rapidement pour éviter les grumeaux. Verser le lait végétal progressivement, en fouettant continuellement : la sauce doit épaissir et rester lisse. Saler, poivrer, ajouter la muscade.

Disposer les rondelles de pommes de terre en couches dans le plat, napper soigneusement de béchamel à chaque étage. Finir par une fine couche de sauce en surface. Enfourner pour 1h00 à 1h10 : le gratin doit être doré et les pommes de terre fondantes. Servir chaud, accompagné d’une belle salade composée.

Petit à petit, ce cheminement ouvre les yeux sur la cohérence des choix du quotidien : dire adieu au fromage n’est pas un sacrifice, mais une conviction qui réinvente le plaisir. Et si la gourmandise se cachait aussi dans l’inventivité ?

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Ariane